31 mars 2009

Camille, ma fille...

Je sais cher lecteur que je suis bien silencieuse depuis quelques temps!
Ma vie n'est pas forcément silencieuse, mais mes capacités de communication sont en chute libre.
Je m'enferme, je me tais. Je n'ai pas envie de parler, de me raconter, rien à partager.
Ca ne me ressemble pas, pas vrai?
Mais c'est comme ça. Je couve, je cocoone.
Je vis une grossesse dans de très bonnes conditions, on ne va pas dire idéales parce que quelques bémols tout de même, mais enfin je ne vais pas faire la fine bouche!
Je suis à la maison, je peux me reposer à volonté, et heureusement car je suis (trop) souvent fatiguée. Mon grand est assez autonome pour me permettre une grande autonomie à moi aussi, tout en étant encore assez petit pour que je me sente encore utile! Il me couvre d'amour, de bisous, de calins (vive le complexe d'oedipe!!!), il couvre aussi sa petite soeur de bisous et de mots d'amour... Il parle à mon ventre, et colle son oreille sur mon nombril pour écouter si Camille lui répond... Si je lui demande ce qu'il dit, il me répond agaçé "mais c'est pas à toi que je parle!!!" Et il ne cesse de me dire qu'il ne faudra pas gronder sa petite soeur si elle fait des bêtises parce que c'est pas sa faute, elle est trop petite!
Et moi lovée dans mon canapé je savoure tous ces petits moments de bonheur, entourée d'amour de dehors et de dedans, chouchoutée par mon chéri qui est aux petits soins pour moi...

La seule chose que je regrette c'est de ne pas avoir fait ce fichu régime avant de tomber enceinte. Pourtant on m'a assez mise en garde!
C'était vrai. Le surpoids c'est un vrai problème, un vrai handicap dans une certaine mesure!
D'abord il y a les regard des autres, et le regard sur soi aussi qui change. Les miroirs qu'on évite. La déception chaque fois que l'on voit son reflet et qu'on a encore en tête son "visage d'avant" et que non, ce n'est pas celui là qu'on voit dans le miroir.
La balance que l'on fuit aussi. Les pantalons qui serrent inexorablement.
Le jugement des gens, tacite ou franc, à chaque repas. "Tu mange trop!" c'est dit ou c'est induit. Mais c'est toujours là...
Les douleurs constantes. L'impression d'avoir pris 30 ans d'un coup dans son corps. Les genoux qui protestent. Le dos qui hurle le soir quand on s'allonge. Le matelas qui s'affaisse. Les chaussures qui semblent à des années lumières quand il faut les lacer.
Et la faim, la faim qui est toujours là qui guette! La culpabilité quand on mange et quand on ne mange pas. Dès que la faim est là. A avoir honte d'avoir faim. A avoir honte de manger un yahourt. A avoir honte d'avoir envie. A avoir honte de craquer, et de se faire plaisir.
Les jours qui passent, cloitrée chez soi. Le dehors devient hostile. Les mamans à la sortie des classes. Les enfants dans la rue. La boulangère, la pharmacienne... L'impression que tous me regardent. L'envie de ne plus jamais sortir.
L'impression de voir avec tant d'acuité dans le regard de ses proches, tant d'acuité et de sévérité. La peur de choquer mes nièces et neveux rien que par mon apparence. La panique à l'idée de ce qu'ils vont penser.
Honte d'exister simplement, certains jours.

C'est pas pour caliméroter.

Ceux qui ne sont pas vraiment gros ne peuvent pas comprendre ça. Ceux qui pensent en me lisant que j'en rajoute et que "je ne suis pas si grosse que ça, enfin!" ne peuvent pas comprendre.

Je suppose que ce genre de chose arrive même à des gens qui n'ont que 5 ou 10kg de trop. C'est aussi dans la tête, comme on dit.

Et chaque mois, la visite fatidique chez la gynéco! L'appréhension du verdict de la balance. Son regard sévère, ses mots acerbes...

Vivement que tout cela finisse!

Et quand ce sera fini, quand Camille sera dans mes bras. Arriverai-je à perdre tous ces kilos? Je ne sais pas... j'ai peur que rien ne change! J'ai peur de ne pas y arriver. De me baffrer comme une vache et de grossir encore, encore et encore...

J'avais pas rêvé de ça pour ma grossesse.

Souvent je dis que la grossesse est le seul moment où on a le droit, ou au moins l'excuse, d'être grosse et moche. Le droit d'exiger une glace à 10h du soir, des fraises, un gateau, un massage, un bisou...
Le droit de se plaindre à longueur de temps! De demander à son chéri la télécommande à 2 mètres de sa main, le téléphone, mon tricot...
Le droit d'être à ce point autocentrée que le moindre bobo, le moindre petit prout, va être commenté en long en large et en travers toute la soirée sur des forums de discussions entre copines.
Le droit d'avoir des vergetures, de l'acné, du poil au menton, des bras qui pendouillent, et d'exiger que chéri nous trouve encore belle et attirante et nous désire encore...
Le droit de chouiner pour un oui ou pour un non, d'envoyer balader, de "snuter" comme disent les copines, d'oublier le lait sur le feu, la tarte dans le four, et le gosse à l'école... non, pas le gosse à l'école quand même!
Le droit d'être une princesse, une petite fille égoïste et capricieuse, tout en étant mère en devenir... comme pour savourer une dernière fois ce que l'on perd à tout jamais...

Et nos proches bienveillants nous accordent tous ces droits, font preuve de trésors de patience, de réserve, de maîtrise de soi.

Et malgré que tout le monde se coupe en 12 pour nous laisser vivre tout cela, il y a ce miroir, ce fichu miroir.
Et finalement on profite pas. Et finalement ce n'est pas amusant toutes ces gamineries. Finalement c'est la roue qui tourne, le temps qui passe, l'âge qui s'égraine et les enfants qui grandissent.

C'est Ophé qui va avoir 15 ans.

C'est le lardon qui pousse comme un champignon.

C'est chéri qui prend du bide.

C'est mes cheveux qui grisonnent inexorablement.

C'est cette toute petite puce en moi dont je guette chaque mouvement. Dont je guette par avance le souffle qui naîtra bientôt et dont je serai responsable.

Un deuxième enfant, ce n'est pas comme un premier. On sait déjà toutes ces choses là. Toutes ces choses merveilleuses mais qui pèsent. Cette responsabilité écrasante. Ces joies, cet émerveillement, dont on ne peut même pas s'attribuer la gloire. Tout ce qu'on peut faire, c'est les regarder grandir, les regarder apprendre, essayer nous aussi d'apprendre tant qu'on le peut encore. Les guider modestement. Les amener vers des situations, des lieux, des expériences dont ils pourront se nourrir un peu plus, un peu mieux. C'est se sentir dépassé constamment, "largué", mais fier! C'est piquer des coups de sang, de colère, en essayant de retenir encore un peu ce sentiment absurdement propriétaire! "Tu es à moi! Tu es mon enfant! Je te contrôle!" Fadaises! Dangereuses fadaises!
On ne contrôle rien, on ne possède rien, on a juste l'immense privilège de voir nos enfants grandir et nous couvrir d'amour, d'autant d'amour dont on les couvre nous aussi, pas toujours du meilleur escient, mais toujours sincèrement.

Mais pour l'instant, ma fille, tu n'es qu'une toute petite bulle d'amour en mon sein. Je n'ai aucun contrôle sur toi. Je ne peux rien faire qui te nuise, ni rien qui t'apporte vraiment. Je savoure chacun de ces moments sereins, la main posée sur mon ventre, à observer les vagues et les bosses que tu daigne m'offrir quand tu en as envie, sans même surement avoir conscience de mon regard qui te guette et qui te couve.
Rien ne compte d'autre que ce cocon où l'on se retrouve... toi, moi, ton père et ton frère. Peu importe la balance, peu importe le dos qui crie, les crampes qui mordent, le bassin qui grince. Je prise de sang, j'échographise, je gynécoloise et je sophrologise même, et j'éloigne de moi toute idée de me battre contre des moulins à vents, de me lancer dans des combats stériles qui me font perdre ce temps précieux qui file à toute allure!

Moins de trois mois me séparent encore de toi! Un clin d'œil dans une vie! J'ai si hâte de te voir, de sentir ton petit corps tiède dans mes bras. Et si peur en même temps de tous ces choix inexorables qu'il me faudra faire. De ces "ratés", ces erreurs, ces directions que tu prendra à cause ou grâce à moi... Mais je sais aussi que tu saura faire ton chemin, construire ton identité à partir de tout ce matériel autour de toi, avec ta propre personnalité, ta propre sensibilité, et tes propres choix.

Je ne te promet rien, Camille, même pas de faire de mon mieux, car ce serait présomptueux de savoir ce qu'est mon mieux, si tant est qu'il existe un mieux! Mais je serai là à te regarder avec amour, fierté et reconnaissance... Je ne te laisserai jamais tomber, je t'encouragerai, je t'engueulerai parfois, je te donnerai de bons et de mauvais conseils, de bons et de mauvais exemples, j'esserai 100 fois d'intervenir dans ton développement, et 100 fois tu me repoussera et me montrera des voies que je n'aurais jamais envisagées! Je serait tantôt humble et tantôt envahissante. Tantôt angoissée et tantôt téméraire. Tantôt injuste, tantôt clairvoyante.

Je serai ta maman, tout simplement, dès aujourd'hui et pour toujours!

9 commentaires:

gigi a dit…

Quel beau poème d'amour à une toute petite fille en bouton!
ne te fixes pas ainsi sur ton poids, tu n'as pas pris 45 kilos pendant ta grossesse, tu as été plutot raisonnable depuis que cette petite fleur s'épanouit dans le berceau de ton ventre. Consciente de vouloir maîtriser ton corps, je suis sûre que tu y arriveras, dès que la petite princesse aura quitté cet abri douillet, qui n'aurait pas été aussi douillet sans ces rondeurs qui t'agacent! Aux yeux des autres, tu n'es pas une baleine, simplement une femme enceinte, arrête de hurler intèrieurement en te voyant dans les glaces, une femme enceinte de 7 mois, ça a toujours ressemblé à une boule d'amour confortable. Après, il y aura un après, tu en feras ce que tu voudras, tout sera possible, mais pour le moment, tu es belle dans ta ronde maternité, vraiment.

barbaracadabra a dit…

je te comprend,meme si tu ne me crois pas,le changement de silhouete ça me connait(27 kg d'amplitude en 5ans et deux grossesses!)mais tiens toi une lgne de conduite ,apres la naissance,quand tu seras opé,je te soutiendrais,te coacherais,ensemble,nous y arriverons!t'inquietes pas,tu es jeune,tu a le temps,tu verras!

Corinne a dit…

Truiss... que t'a l'air triste, c'est un beau texte mais surtout ne te fixe pas sur le regard des gens comme ça. j't'envoie plein de réconfort

poulette

La Marmotine a dit…

Chaudoudoux pour toi!

maryortho a dit…

Bonjour,
cela fait quelques années
(oh, mon Dieu...) et oui, quelques années que je viens sur ton blog...
Blog que j'ai découvert par hasard (celui qui fait si bien les
choses;0))))) en cherchant des informations sur les fentes labio-palatines...(je suis orthophoniste).
Je prévois de me lancer bientôt "dans cette merveilleuse et passionnante aventure qu'est la grossesse"et je fais un régime en prévision.(chez weight watchers)
Et ça fonctionne assez bien....
Si tu le veux, je pourrai te donner tous les documents pour que tu puisses t'y mettre aussi (y'a pas de raison que je sois la seule à souffrir...lol..) après la naissance de ta puce...
En attendant, ne te traumatise pas...Les Kilos , ça se perd...
(ça se gagne aussi malheureusement...)
Dis-toi que tu es en transit...
Courage
Marianne, l'ortho qui préférerait être plus "culottée" et moins "kilotée"...

mag a dit…

pleins de bisous truiss

pétula13 a dit…

t'es vraiment une surdouée de l'écriture ma soeur!!! c'est vrai, les kilos, ça se gagne mais ça se perd aussi. Il te faudra du courage et de la volonté, mais tu en as tellement!
Et quel regard sur la maternité, quelle originialté tu as en toi, quelle richesse intérieure, quelle lucidité aussi.
Je suis admirative de tant de talent... mais bon sang.... UTILISE-LE!!!! t'es jeune et la vie est devant toi, il suffit d'oser...

Claude-Lise a dit…

Bisous à toi, et d'accord avec Petula sur tout! Profite des moments sans te poser de question, tu sais on oublie vite le bonheur d'attendre un enfant. Et comme dit ta soeur, faut oser:)

totomathetvio a dit…

oui ose ;)
ben moi je ne suis plus enceinte mais il parait que j'ai la meme sylhouete que toi ! ça te remonte le morale ?